Caen (14). Pourquoi la ville ne peut avoir un hôtel 4 étoiles

Publié le par Le Galichon

Le quotidien régional Ouest France a consacré un article dans son édition de Caen (mercredi 29 août 2007) à l'abandon par le N° 1 mondial de l'hôtellerie haut de gamme Best Western d'un projet d'hôtel 4 étoiles à Caen.

Comme il arrive souvent dans la presse quotidienne régionale, l'article est gentillet, un tantinet naïf et très superficiel. Il y a bien sûr avant tout l'absence de moyens empêchant les journalistes locaux d'approfondir leur information. Faute de temps, on se contente le plus souvent d'une seule source, la plupart du temps partielle (sinon partiale).

Ce n'est pas un hasard si les journalistes locaux pâtissent de cette situation. Celle-ci est sciemment organisée par les directions (et celle de Ouest France, soulignons-le au passage, est très loin d'être la pire, quand on constate l'état nullisssime de ce qu'offrent en permanence à leurs malheureux lecteurs certains organes régionaux) : c'est la meilleure façon d'éviter tout approfodissement qui risquerait de gêner l'establishment local écoomique et politique...

Toujours est-il que cet article traite d'un dossier qui pourrit depuis près de cinq ans : la transformation d'un grand immeuble vide en plein centre-ville de Caen.

La chambre de commerce et d'industrie locale qui l'occupait l'a en effet quitté pour des locaux neufs en périphérie de l'agglomération. Depuis lors, plusieurs projets, émanant d'acteurs successifs réels ou potentiels ont tous avorté : grandes enseignes, bureaux « de standing », immeuble mixte, et le dernier officiellement annoncé qui était celui d'un hôtel 4 étoiles de 44 chambres.

Certes, le classement de la façade à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques (considérée comme un symbole de la reconstruction de la ville bombardée en 1944) n' a pas facilité les choses. Mais les obstacles sont d'une autre nature : ils dépassent ce simple problème (on a déjà fait sauter à l'intérieur un escalier monumental qui, lui aussi classé, rendait impossible tout nouvel aménagement).

Et c'est pourquoi il nous a semblé intéressant d'en parler ici.

Ouest France semble déplorer que l'annonce du retrait du projet n'ait fait l'objet que d'un « communiqué laconique ». On voit mal  Best Western (qui exploite déjà deux petits établissements dans la ville) déballer au grand jour les vraies raisons de son retrait.

Quelles sont-elles ? Le quotidien croit pouvoir suggérer, outre le problème de la façade classée, les bisbilles au sein de la majorité municipale, en l'occurrence le recours d'un des conseillers de cette majorité contre le projet, selon lui incompatible avec le plan local d'urbanisme.

Un recours qualifié sans rire de « scandaleux » par l'ineffable maire Brigitte Le Brethon, dûment interviewée comme il se doit, et qui assume ainsi on ne peut plus clairement et ingénument son incapacité grandissante à maintenir la cohésion de ses troupes au sein de son conseil municipal.

En réalité, la vraie question de fond n'est ni dans le classement, ni dans le plan local d'urbanisme (qui peut toujours être modifié), ni dans les démélés clochemerlesques de la capitale bas-normande.

Elle est beaucoup plus radicale : la ville de Caen n'est pas capable d'attirer aujourd'hui une clientèle suffisante pour rentabiliser un véritable hôtel de luxe.

Les causes en sont multiples : aucune stratégie de communication externe sur le long terme (le départ de la Solitaire du Figaro-Afflelou ne touche qu'un segment très étroit), aucune politique multisectorielle réellement concrétisée dans les faits avec d'autres collectivités locales importantes, aucune personnalité émergeant au niveau national des médias ou de la politique (en dépit des efforts de Chirac en 2001, pour lancer sur les plateaux de télé « l'une des quatre femmes qui prenn[ai]ent la tête d'une ville de plus de 100 000 habitants », avant de s'apercevoir qu'elle n'avait pas la carrure nécessaire).

À ces handicaps s'ajoutent, parmi les plus criants, ceux de l'inexistence d'une vraie ligne ferroviaire Paris-Rouen-Caen (que seul un Michel d'Ornano aurait sans doute pu faire aboutir) et l'absence d'une grande ambition d'aménagement de l'une des plus importantes friches de cœur de ville.

Ce secteur reste aujourd'hui bien éloigné des potentialités révolutionnaires comme celles un temps proposées par Jean Nouvel dans ce que le jeune paysagiste Thomas Piel, après d'autres urbanistes, décrivait encore l'an dernier comme «  un grand territoire problématique où personne aujourd'hui investi sur le terrain ne peut porter un regard à grande échelle ».

Alors, un hôtel de luxe 4 étoiles à Caen, c'est tirer des plans sur la comète...
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Publié dans Collectivités locales

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