Deauville (14) : strabisme et nombrilisme sur le thème de « Jirai revoir mes normandies »
Sur les thèmes archirebattus de la vision (ou du défaut de vision) de la Normandie (ou des deux Normandie administratives), 270 « communicants » (pour l’essentiel) desdites régions se sont réunis jeudi dernier au Centre International de Deauville.À nouveau, les mêmes enquêtes déjà maintes fois réalisées sur la perception interne de ces deux régions ont révélé les mêmes réalités : plus des 3/4 des 164 personnes interrogées (membres du Club de la presse Haute-Normandie, de Com Estuaire ou de Nota Bene) citent la région et parlent de la Normandie en général dans leurs argumentaires, parce qu’elles considèrent que « c’est une référence positive » (36%), qu’« il n’y a qu’une seule Normandie pour leurs cibles » (26%) ainsi que « dans leur esprit » (24%).
Pas de surprises non plus dans les « atouts » normands cités : les plages, la mer, la gastronomie, l’art de vivre, les paysages et l’environnement naturel sont en tête (comme dans les descriptifs de la plupart des destinations touristiques du monde…). La moitié des 10 premiers atouts cités sont liés au passé, des incontournables Guillaume le Conquérant au D-Day… et, en dernières positions, arrivent l’agriculture, les conquêtes et découvertes normandes puis, lanterne rouge, le dynamisme des politiques publiques.
Autre enquête présentée : « l’image économique de la Normandie vue par les décideurs normands ». La majorité des quelque 200 cadres interrogés confirment le manque d’attractivité des régions normandes et les 3/4 se déclarent favorables à une éventuelle « réunification » des deux régions actuelles, ce qui faciliterait leurs activités et renforcerait le poids de la Normandie en matière de PIB, à l’horizon d’une dizaine d’années.
On retrouve en gros les mêmes approches que dans la première enquête concernant les atouts et les faiblesses, ce qui n’a rien de très étonnant, les « communicants » de la première étude façonnant autant qu’étant façonnés par les « décideurs » qui les emploient souvent.
Il est remarquable que dans les deux enquêtes, le point de vue soit pratiquement toujours limité au contexte hexagonal, ce qui réduit évidemment la portée des conclusions et surtout la pertinence des évaluations comparatives.
Bref, une autre énième enquête qui, comme la première, n’apporte pas grand-chose de nouveau. Pas plus que les contributions au débat qui suivit leur présentation.
Dans leurs interventions, les deux seuls élus présents à la tribune — le président (PS) du conseil régional de Basse-Normandie Philippe Duron et le président (UDF) de l’agglo de Caen Luc Duncombe — ont semblé vouloir se conformer au conformisme ambiant, plutôt mollasson et même assez tristounet, en dépit du look réjouissant au faux air de Professeur Tournesol adopté par Luc Duncombe.
Il faut dire à leur décharge que les questions posées les interpellaient sur des thèmes eux-mêmes bien répétitifs, comme la grande misère des liaisons ferroviaires et la petite guerre froide persistante des plates-formes aéroportuaires locales.
Ce dernier thème illustrant, entre autres, la persistance des prés carrés qui constituent « cette région où les murs sont les plus hauts » (disait un des intervenants), le strabisme du jeune visage ouvrant la plaquette de la réunion joliment titrée « J’irai revoir mes normandies » n’est apparemment pas près d’être corrigé.
Quelles que soient les formules nouvelles qui devront nécessairement être adoptées dans quelques années, il semble bien qu’il faudra de toute façon dépasser le cadre nombriliste des débats franco-français pour réussir à concilier efficacement le passé et l’avenir à partir du présent. C’est toute la difficulté et la grandeur des desseins politiques.
Le dossier complet de la réunion-débat est sur le site de Nota Bene.
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